Focus : Barouf/Enfants Sages

Interview de Barouf aka Les Enfants sages
mercredi 17 décembre 2014
par  _PST_, ms92
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Petit rappel pour les gens nés dans les années 90 ou ceux qui vivent dans une cave depuis 30 ans, BAROUF est un activiste de la tekno underground, peut être mieux connu sous le nom ENFANTS SAGES et je vous propose ici une petite rétrospective et puis en plus de ça, coup de chance, il a bien voulu répondre à toutes mes questions...

Salut BAROUF, je te laisse d’abord te présenter pour les gens qui te connaissent pas encore...

Je m’appelle Hervé, mes pseudonymes quand je fais du bruit sont BAROUF ou LES ENFANTS SAGES. Je suis né en banlieue parisienne il y a 36 ans puis émigré en Bretagne et arrivé depuis peu dans le sud-ouest. Je gagne ma vie en foutant le bordel et en vendant des disques microsillon.

Ça fait combien de temps maintenant que tu fais de la musique ?

Je fais du bruit depuis une quinzaine d’années environ... faire de la musique j’y pense...mais c’est trop de travail !

Tu as commencé par quoi ?

Par le mix... le mix c’est tellement simple et intuitif que c’est là dedans que je me suis mis en premier pour m’amuser. J’ai testé le live et la composition en même temps ; il a fallu plus de temps et de moyens techniques pour aboutir dans ces domaines.

Qu’est ce qui t’as amené vers la tekno et plus précisément vers ce style de tekno ?

La tekno s’est juste IMPOSÉE à moi ! Je me cherchais, je rêvais d’une musique exclusivement électronique (sans paroles), je connaissais l’Eurodance mais le côté vulgaire et facile d’une musique faite pour plaire me dérangeait.

Donc quand j’ai découvert la tekno, je me suis dit "mais ça existe !"
Le style hardcore (englobant la hardtek, tribe, acidcore) est venu à moi grâce aux free parties, les valeurs de la teuf l’esprit de liberté qui s’en dégagent ont juste transformé ma vie et le style hardcore est juste devenu la bande son de mon existence !

Ça fait un moment maintenant que tu fais partie de cette scène, tu t’y vois comment dedans justement ?

Que ça fasse un moment ou pas je me considère toujours de la même façon à l’intérieur du mouvement, à savoir un individu faisant évoluer un mouvement culturel parmi des milliers d’autres pour faire perdurer une utopie merveilleuse d’une vie libre, juste, égalitaire et fraternelle.

Justement la scène ; tu penses qu’elle a changé avec le temps ? En bien, en mal ?

Si tu veux parler des quelques chanceux qui sont invités à jouer sur d’autres teufs que les leurs, et à fortiori en club, je pense que certains devraient se souvenir d’où ils viennent effectivement. L’art et le business ne font pas bon ménage. Ce n’est pas simple comme sujet, mais c’est vrai que depuis que nous avons réinvesti les clubs, la tune vient foutre un peu le bordel.

Il faut juste s’amuser, ne pas se prendre pour une star parce que l’on a 5000 likes sur sa page ou 10 000 vues sur une vidéo, jouer sa musique en gardant les bras baissés (mince je pensais qu’il fallait ses 2 mains pour jouer, comment ils font c’est quoi leur secret ???) prendre du plaisir et rester humble.

On est pas forcément quelqu’un de bien parce qu’on est invité à jouer sa musique, ça ne dure qu’un temps tout ça, c’est un honneur que les organisateurs nous font lorsque qu’ils font appel à nous, il ne faut pas l’oublier ! Après c’est normal de prendre un billet, ça n’est pas une question d’argent, juste de respect et d’humilité. Et n’oublions pas que si les clubs font appel à nous pour remplir leurs boîtes pourries c’est qu’ils ne peuvent pas le faire toutes les semaines avec les gagnants de la Star Academy, nous ne sommes pas leur 1er choix.

Il y a 20 ans, ils nous chassaient de leurs établissements comme des parias, maintenant que nous sommes en place ils nous caressent dans le sens du poil, mais il ne faut pas être dupes : ils n’ont strictement rien à foutre de notre musique et de nos valeurs, alors servons-nous d’eux comme ils se servent de nous, allons faire des sous, allons faire la fête au chaud, montons des super plateaux que l’on ne pourrait pas si facilement monter en free, oui régalons nous un peu, mais les clubs ce ne sont pas nos potes ! Les seuls potes des clubs se déclinent en coupures de 5,10, 20, 50, 10, 200 et 500...

Tes premiers labels commencent à prendre de l’âge, qu’est ce qui t’a poussé aussi tôt à les créer ? Je pense à NEUROTROPE bien sûr. Maintenant que la musique acid/mental revient à la mode, ça doit te faire quelque chose toi qui a commencé dans ce créneau il y a longtemps ?

Pour moi ça n’était pas si tôt que ça... ou c’est juste que je dois être vieux alors. (rire).

Je n’ai rien inventé du tout, c’est juste que j’ai constaté que pleins d’artistes que j’aimais s’auto-produisaient chacun de leur côté (et souvent du côté de la Hollande à l’époque). J’avais juste envie de les réunir sur un même label. Mais bon, d’autres l’ont fait avant moi, c’est vrai que NEUROTROPE fait parler de lui car il fête ses 10 ans cette année et qu’effectivement l’acidcore plaît en ce moment ; tant mieux !


Quand je voie certains labels qui produisaient du hardfloor à leurs débuts se mettent à signer des artistes de chez NEUROTROPE, je ne peux que m’en réjouir ! Il y a toujours eu et il y aura toujours des gens qui privilégierons la qualité. Si en ce moment, l’acidcore a le vent en poupe, c’est que beaucoup d’artistes qui en produisent s’appliquent à faire quelque chose qui a une âme mais vu que ça devient à la mode, bientôt tout sera noyé par une vague d’opportunistes qui feront de la musique facile et les productions de mauvaise qualité. Les gens qui ont l’oreille iront ailleurs et les autres suivront et la mode sera portée par un autre courant.

Moi je produis hors des modes, c’est pour ça d’ailleurs que je ne crée plus de nouveaux labels et ce depuis un bon moment. Les musiques que j’aime et que je défends sont toutes représentées chez ES PROD, ou presque !

On voit à travers tes labels que tu aimes toutes les tekno, peux-tu nous lister tous tes labels et le style qu’il représente pour chacun ? Lequel de tes labels te tient le plus à cœur ?

Tous les lister, non... certains sont anecdotiques ou morts-nés.

NEUROTROPE > acidcore
STATIK TRAVEL > tribe
ABRALCORE > hardcore
DRUM ORANGE > drum n’bass drumstep
AUDIO RESISTANCE > pumping
LE REDRESSEUR DE TORTS > electro
VENDETTA SONORE > hardtek/schranz (label arrêté)
TASER RECORDS > hardfloor (label arrêté ; j’ai voulu, moi aussi, croqué du gâteau à un moment où je payais les vinyles pas trop cher et produire, moi aussi, de la musique vite mixée et vite oubliée... je ne regrette rien, j’ai fait des morceaux moi même, ça n’a duré qu’un temps, c’était une autre façon de travailler... une belle expérience).

Tu essaies toi aussi d’organiser des soirées de temps en temps, pas trop compliqué dans ce climat actuel ?

Je n’ai plus de sound system depuis 2 ans et demi.

J’ai organisé 2 soirées en club en arrivant dans le sud-ouest (il y a Toulouse une culture des clubs qu’il n’y a pas en Bretagne) mais c’est trop de travail pour beaucoup d’histoires. Je me suis éclaté à organiser les 2 dates en question, mais je n’éprouvais pas de plaisir à en organiser une 3ème et puis on est dans dans un système artistique où si on doit se forcer ça se sent, une soirée faite pour rapporter du fric ça se sent ! Moi si j’ai envie de tunes, je vais pousser des chariots dans une usine, je laisse ma place aux autres pour des soirées en club... J’y retournerai peut être si les conditions sont là à nouveau.

Pour ce qui est du "climat actuel" je ne comprends pas. C’est un terme de politicien ça. Les gens aiment faire la fête encore plus quand ils vont mal ! S’ils vont écouter de la merde ou qu’ils mixent des mp3 en "auto sync", c’est de la faute des producteurs ou des disquaires qui font mal leur taf.

Éduquons nous les uns les autres, instruisons nous, allons vers des chois courageux mais gratifiants et tout ira bien !

Tu connais personnellement les artistes que tu as invité sur tes labels ? Tu entretiens quels rapports avec les autres acteurs de la scène ?

Je ne connais pas tous les artistes que j’invite ; je connais leur musique et c’est déjà pas mal ! Certains sont des amis.

Tu joues encore souvent en free, tu penses quoi du mouvement actuel ? Tu joues souvent en Italie ; tu trouves qu’il y a une différence avec la France ?

Je joue partout où l’on m’invite, c’est toujours un honneur que l’on fasse appel à moi pour jouer ma musique !

Alors oui, je joue en free bien sûr, quelle question ! La free c’est la norme, le club l’exception ! L’Italie j’adore... ils font souvent appel à moi, oui. J’aurais donc tendance à dire que la différence avec la France... c’est qu’ils ont du goût ! (Rire).

Et ton rapport avec les produits qui circulent dans le milieu c’est quoi ?

La drogue ?? Je n’en prends pas... et pourtant j’ai consommé la pire pendant des années... l’alcool ! Franchement on vit mieux sans. La drogue rend con moche et taré et comme je suis tout ça à la fois, j’ai pas envie d’aggraver mon cas !

Tu as ton propre shop désormais, ça marche bien ? Tu arrives à vivre de ça ?

Je ne vis pas de ma musique, non et c’est très bien ainsi. A part trouver un mécène, je pense que vivre de son art sans le dénaturer c’est extrêmement difficile. En faisant de la Hardtek, je ne vois pas comment on peut y arriver. Mais tu l’as dit oui, j’ai un métier, je suis disquaire, j’avais une boutique à Guérande, mais désormais je ne travaille que sur le net (www.tekenligne.fr).

Tes derniers coups de coeur musicaux c’est quoi ?

En ce moment je re-découvre Joseph Haydn... bon il est mort il y a 200 ans mais justement j’ai eu le temps de l’oublier (rire).

Il y a une sorte de guéguerre entre les pro-vinyles les anti, les pro-machines les anti, les pro-tribecore les anti... tu en penses quoi de tout ça ?

Peu importe le style et la méthode, je pense qu’il faut surtout faire les choses avec passion, avec intérêt, attention et curiosité en s’investissant à fond et en restant soi même. Si on agit comme ça, je suis persuadé qu’on fin ira par jouer du vinyle et des machines autre chose que du tribecore (rire).

Mais toi tu ressens toujours le même plaisir au moment de jouer ?

Heureusement que oui ! J’expérimente, j’improvise, je me trompe, je rectifie, je m’esquinte, quel serait l’intérêt sinon ?

Tu te vois où dans 10 ans ?

Oh là je n’en sais rien. Sans doute pas derrière des machines... j’espère que d’autres, plus jeunes, m’auront gentiment poussé dehors. Bref, sans doute sur la route à profiter de la vie avec une femme sympa à mes côtés et quelques potes par ci par là. Ça pourrait être pas mal ça.... on va y réfléchir =).


Facebook de Barouf

Un grand merci à hervé... toujours disponible dès qu’il s’agit de parler musique....



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Focus : Barouf/Enfants Sages - Affiche (...) Focus : Barouf/Enfants Sages - Album Déterminé (...)

Vos commentaires

  • Le 1er décembre 2016 à 11:48, par Pierro PsYsiF En réponse à : Focus : Barouf/Enfants Sages

    Hervé est un bon producteur ça c’est sûr. Pour ce qui est de ses tracks, y en a des belles, et d’autres baclées. Comme sur le DSP versus Enfants Sages, c’est une simple copie du style des DSP sans âme. Moi je préfère son délire avec Zellkern ou Wako, mais en fait il s’adapte et ne fait pas sa propre musique. Et pour ce qui est de la teuf en club, y a des clubs dans des hangars en rase campagne qui existent, c’est pas tout David Guetta Land. Sinon, je respecte à fond le bonhomme, bonne mentalité, et gros labels. Ca m’avait d’ailleurs étonné quand on m’a appris que Les Enfants Sages n’étaient qu’une seule et même personne.

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